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Léo Barre
13 janvier 2020
Gakou, l'ankou

Gakou, l'ankou

Sujet : Imaginez vous avec un autre métier.

Bonjour. Je m’appelle Gaëtan, dit Gagou et je suis actuellement ankou depuis quatorze ans.

J’entends déjà certains se demander :

« mais, dites-donc, qu’est-ce qu’un ankou ? »

Eh bien c’est tout simplement celui qui va chercher les âmes des vivants, une fois ceux-ci trépassés (en Bretagne).

En gros, dès que quelqu’un meurt je viens avec ma charrette, enfin on appelle ça une charrette dans le milieu mais ça ressemble quand même davantage à un genre de camion, et je passe récupérer l’âme du défunt qui est en général là où se trouve son cadavre.

Une fois récupérée, je la place dans la remorque et je continue ma route. Éventuellement j’ai un appel du bureau qui me signale qu’une autre personne a passé l’arme à gauche et je passe la prendre et ainsi de suite. En général ça peut s’enchaîner sur quarante-cinq à quarante-six heures de travail d’affilée, puis on me laisse quand même mes trente minutes de pause réglementaire.

Enfin, des fois je conduis quand même. C’est pas conseillé, qu’on me dit, faut se poser de temps en temps, et les syndicats ils se sont battus pour ça… Eh, oh, hein ! Perso j’aime bien le travail quand il est terminé. Après je peux me poser peinard.

Sinon, mon trajet est le même en général : je m’occupe de toute la partie Ouest de la France, de Caen à Pau, en passant par Clermont-Ferrand (cette dernière, c’est récent : j’ai eu une promotion). Avant c’était la « Gasconne », enfin Madeleine qui s’en occupait, mais elle a décidé de prendre sa retraite. Elle disait toujours qu’elle allait durer éternellement et qu’elle nous réincarnerait tous… mais bon. Eh, elle aura quand même duré longtemps la bougresse : cinq siècles l’ancienne ; c’est, genre, trois fois plus que la durée d’emploi moyenne d’un ankou. Ah… elle nous manque parfois la « Gasconne ».

Parce que, ouais, je suis pas le seul à prendre la route comme ça : il y a Momo, Caduque, Confetti et la Tuile. C’est pas leur vrai nom, mais c’est comme ça qu’on s’appelle entre ankous. Des fois, sur le canal on se parle, on se raconte des gaudrioles, des anecdotes de notre vie passée ou même ce qu’on peut apercevoir sur le trajet. Je me rappellerai toujours la fois où Caduque a conduit à travers un TGV, je sais plus lequel, et qu’il nous décrivait ce que faisait les passagers. C’était hilarant, genre il y avait un môme qui s’était enfermé tout seul dans la valise de ses parents et qui arrivait plus à en sortir. Et nous on lui disait : «Tant qu’à faire prends-le en passant, ça t’évitera un aller-retour. Ha ! »… Bon finalement ses parents ont pu le récupérer avant que Caduque ne doive le faire. Mais franchement c’est ces moments qui font apprécier le métier.

D’ailleurs, pour devenir ankou, c’est pas compliqué, suffit d’être canné. Ben oui les vivants ont pas le droit de conduire les charrettes, ce que je peux comprendre ; c’est toujours bizarre la première fois de conduire à travers les bâtiments et de récupérer les âmes des gens.

Les âmes des gens, d’ailleurs, c’est pas du tout comme on s’y attend : la première fois j’ai failli gerber tout ce que j’ai ingurgité pendant ma vie. J’arrive pas à dire si c’était plus étrange que repoussant, mais ça m’a bien marqué.

Donc oui, je disais : pour devenir ankou, une fois que t’es mort, faut aller voir au… au Bureau Administratif de... Rapatriement des Âmes. Ou BARA. Ou juste le « Bureau », et leur dire qu’on s’ennuie et ils te proposent le poste. C’est tout. Sérieux, ça m’a pris seulement cinq minutes pour décrocher le job ; ils sont tellement en manque de personnel qu’ils acceptent n’importe qui, même des mômes : moi-même j’avais clamsé à, à peine treize ans, alors s’ils m’ont pris, c’est qu’ils étaient vraiment, mais alors vraiment, dans la dèche.

Enfin bref, ils te font signer des trucs dont une décharge (jamais compris pourquoi), et puis, zou, tu bosses. Enfin non, d’abord tu apprends à conduire le bolide, mais ça prend cinq secondes : en fait ils ont trouvé bien plus judicieux : au lieu que tu passes des années à essayer de conduire leur satané bicoque, ils te le mettent direct dans la tête, et toc ! Tu sais conduire la charrette ! Ah… c’est quand même ballot qu’on ait pas le même truc pour l’école : j’aurais peut-être un peu moins galéré… enfin bref.

Et du coup, me voilà ! Quatorze ans derrière le compteur. Pour les autres, je suis un minot, un gamin, un bleu. Mais bon c’est sympa, c’est cool, pas une journée se ressemble. Des fois c’est dur et c’est long, mais avec des potes ça l’est tout de suite moins. D’ailleurs, tout à l’heure, la Tuile nous avait raconté comment il avait donné du boulot aux collègues de son vivant. Très instructif. Et on s’en doute pas comme ça, mais c’est un artiste le la Tuile en fait.

Enfin bref, excusez-moi ; je parle, je parle, ça libère quand même des fois de parler comme ça. Mais bon, je vous avais coupé. Si je me souviens bien vous me demandiez… ce que je faisais là dans votre salon…

Bon ben, je crois que vous en avez idée maintenant, hein ? Allez, en route !

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